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Jeux & culture · mis à jour le

Illustration originale Game Over : une route dont la ligne rouge se brise dans un paysage encore intact.

Jeux & culture

J’ai fini The Witcher 3. Le monde était encore là, mais le lien s’était défait

Je l’avais eu Day One. Il m’a fallu près de deux ans pour finir The Witcher 3.

Le jeu me plaisait « trop ». Je savais que si je m’y mettais vraiment, le reste de ma vie en subirait directement les conséquences. Un open world demande une contrepartie si l’on veut réellement l’explorer : du temps, beaucoup de temps, énormément de temps.

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Profondeur 01 / 05

Le temps de latence

Dans mon casque, la musique de The Witcher 3 rythmait le galop d’Ablette à travers des panoramas somptueux. Puis j’éteignais la machine.

Il me fallait quelques minutes pour revenir à la vie réelle.

Pas une crise. Pas une maladie. Un bref temps de latence, presque imperceptible, mais tout de même présent.

La fin rend ce passage plus étrange. Le monde reste ouvert, mais les interactions avec les personnages principaux disparaissent. On peut encore tuer une créature ou finir un contrat. Mais l’aventure qui donnait du poids à ces gestes est terminée.

Le monde existe encore. Le lien, lui, s’est défait.

Ça m’embête un peu, mais pour parler de ce qui s’est passé après, je suis obligé d’aller au fond de ma pensée. Il n’est pas question d’un travail scientifique, d’un truc carré, sérieux, ronflant. J’essaie simplement de mettre des mots sur un sentiment. Ne prenez donc pas mes intuitions pour des vérités sur tous les joueurs.

Profondeur 02 / 05

Partir sans billet d’avion

Si l’envie vous prend de mettre un sac sur le dos et de partir à la conquête des bandes d’arrêt d’urgence, vous risquez de croiser plus de problèmes que de gloire.

Partir à la rencontre du monde demande du courage, des sacrifices et, soyons honnêtes, du pognon. D’une nature plutôt prudente, je trouvais plus facilement l’aventure devant un écran.

Mais « devant un écran » ne veut pas dire qu’il ne se passe rien.

Dans The Witcher 3, chaque rencontre écrit une petite histoire supplémentaire. Même les quêtes annexes donnent l’impression que le monde continue sans attendre que l’on vienne cocher une case.

Skyrim crée lui aussi un univers immense, mais il vous laisse reconstruire une routine : une maison, un mariage, un endroit où revenir. Dans The Witcher 3, les liens m’ont semblé plus vivants pendant l’aventure — et plus brutalement absents lorsqu’elle s’est terminée.

Ce n’est pas une hiérarchie entre les deux jeux. C’est la différence qui m’a frappé au moment de revenir.

Profondeur 03 / 05

Passage et évasion

Dans un second texte écrit à l’époque, j’avais cherché une grande explication dans les rites de passage, l’histoire, la psychologie, un peu tout ce qui me tombait sous la main. J’en avais fait des tonnes.

En fait, tout tenait dans deux mots : passage et évasion.

Pas comme une théorie sur tous les joueurs. Comme ce que je cherchais, moi, dans ce jeu.

L’évasion est évidente : pendant quelques heures, une route virtuelle remplace celle que je ne peux ou ne veux pas prendre. Le passage est plus difficile à expliquer. Dans le second article, je cherchais à comprendre ce que cette aventure m’avait apporté avant de se terminer.

Un monde fabriqué n’est pas forcément un monde sans effet.

Quand l’aventure s’arrête, même si la pièce autour de moi n’a pas changé, il me faut quelques minutes pour revenir.

Profondeur 04 / 05

Je n’ai pas de clé définitive à donner

On m’avait reproché de ne donner aucune réponse. Je pourrais donc fabriquer une clé propre et définitive.

Mais ce n’est pas mon truc.

Je ne sais pas mesurer ce sentiment et je ne vais pas expliquer aux autres ce qui se passe dans leur tête. Je sais seulement ce que j’ai vécu : le jeu avait fini par devenir un lieu habité, fait de décisions, de liens et de temps passé.

Quand j’éteignais la machine, ce bref décalage n’était pas ridicule parce que le monde était virtuel. Il me fallait quelques minutes pour revenir. C’est tout ce que je peux affirmer.

Profondeur 05 / 05

Revenir

Je n’ai pas de morale propre à tirer de tout ça.

Il m’a fallu près de deux ans pour finir The Witcher 3. Quand j’éteignais la machine, il me fallait quelques minutes pour revenir à la vie réelle. C’est ce bref décalage que j’essayais de raconter.

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